GZ, 19. Juni 2020

CONGÉ PATERNITÉ – Coûteux et irresponsable vu la crise sanitaire: un comité constitué de représentants du PDC, du PLR et de l’UDC plus l’usam et GastroSuisse tirent la sonnette d’alarme: emplois menacés, perte de responsabilité…

«Notre pays est au milieu de la pire récession depuis près de 50 ans», lançait Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’usam le 18 août dernier à Berne, face à la presse. «L’État doit envisager des mesures d’austérité drastiques! Rien que la sécurisation des assurances sociales va nous obliger à faire d’énormes sacrifices.» Et il ajoute: «Il n’est donc pas question de gonfler davantage l’État-providence».

Avec la modification de la loi sur les allocations pour perte de gain (il s’agit de la contre-proposition indirecte à l’initiative populaire «Pour un congé de paternité raisonnable – au bénéfice de toute la famille»), un congé de paternité de deux semaines est proposé. Il serait pris dans les six mois suivant la naissance de l’enfant et financé par le régime des APG, comme pour le congé de maternité: 80% du revenu gagné est indemnisé, jusqu’à un maximum de 196 francs par jour. Un référendum a été organisé contre ce projet de loi.

Responsabilité personnelle: plus que deux semaines

Les coûts directs du congé de paternité sont estimés à 230 millions de francs. Pour le directeur de l’usam, il ne faut pas oublier les coûts supplémentaires indirects, avec un impact sérieux sur de nombreuses PME. Selon une étude commandée par la Confédération, ces coûts s’élèvent entre 500 et 900 millions de francs. «Ce serait accepter une extension du social qui coûterait jusqu’à un milliard de francs par an.» Et de souligner qu’en plus des dépenses supplémentaires, les absences supplémentaires constitueront également un problème pour les PME. Pour le dire de manière un peu exagérée, les petites et très petites entreprises dépendent de la possibilité de voir leurs employés travailler réellement et ne pas faire de la figuration sur les fiches de salaire.

Les coûts directs sont importants, avertit Josef Dittli (PLR/UR), conseiller aux Etats. «L’augmentation des déductions salariales, qui semble en soi marginale, est trompeuse, car elle fait partie d’un certain nombre de mesures et de projets législatifs qui ont déjà été adoptés et qui augmenteront également le coût des salaires. Pour ce sénateur, l’augmentation rampante des coûts salariaux est un poison pour l’économie des PME exportatrices, car elle nuit à leur compétitivité.

Sur la même longueur d’ondes, Michele Moor (PDC/TI). Chef d’entreprise et père de trois enfants, ce Tessinois affirme qu’un congé de paternité de deux semaines ne renforcerait pas le sentiment de responsabilité des pères envers leurs enfants, mais produirait l’effet inverse: «Il saperait la responsabilité parentale et la réduirait à néant. Il est important que les pères s’engagent, mais pour deux semaines: pour au moins 18 à 20 ans.»

Bientôt 30 semaines de congé parental

«Nous devons être clairs: la naissance d’un enfant n’entraîne pas pour le père une perte de revenus qu’il faudrait compenser par une nouvelle assurance sociale», estime Peter Schilliger, conseiller national (PLR/LU). Le Lucernois stigmatise l’attitude des initiants: «Ils ne sont pas satisfaits par un référendum pour deux semaines de congé de paternité. Une initiative populaire pour un congé parental de 30 semaines est en préparation. Au final, le Parlement se mettra d’accord pour un contreprojet indirect de 20 semaines.»

Si cela passe, les PME ne pourraient pas faire face à ce congé de paternité: ni sur le plan organisationnel, ni sur le plan financier. Casimir Platzer, président de GastroSuisse, aboutit à cette conclusion. La crise sanitaire a encore aggravé le problème. «Environ un tiers du chiffre d’affaires annuel du secteur de la restauration est perdu. Nous devons sauver les emplois. Toute augmentation des coûts sociaux se traduira par des pertes d’emplois.»

On risque la faute grave

Susanne Brunner, conseillère communale (UDC/ZH), met en garde: «Nous risquons de commettre une faute grave. Pour la première fois, une assurance sociale ne servirait pas à prévenir la pauvreté ou une situation de détresse, mais viserait à financer des pères jeunes, sains et en forme. Et puis ensuite, les moyens manqueront quand l’Etat social devra s’occuper des plus faibles.»

Pour sa part, la conseillère nationale Diana Gutjahr (UDC/TG) estime que le congé de paternité relève du partenariat social. L’intervention de l’État est donc inadaptée et désastreuse pour les PME. C’est aux partenaires sociaux de se mettre d’accord. Selon la Thurgovienne, des déclarations comme «les PME peuvent supporter cette petite augmentation» sont totalement à côté de la plaque.

Le Comité de campagne a choisi un visuel explicite – montrant les syndicats et les partisans du congé paternité sos les traits de voleurs de salaire.