Tribune de Genève, 19 juin 2020

Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) ne veut pas d’une nouvelle assurance sociale. Il explique pourquoi il mènera campagne.

Le 27 septembre, les Suisses se prononceront sur un congé de deux semaines pour les nouveaux pères. Le 7 juin, les partisans du projet ont lancé les hostilités avec un sondage montrant que 71% des Suisses soutiennent le texte. Ce jeudi, les opposants ont mené une action à Berne, avant le lancement officiel de leur campagne en août. Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) répond à nos questions.

Vous avez cinq enfants. Vous en êtes-vous occupé?

Évidemment. Comment aurais-je pu faire autrement? J’ai passé douze ans sans dormir, cela forge le caractère. Et je ne suis pas le moins expérimenté en matière de changement de couches!

Après cette expérience, pourquoi ne pas vouloir soutenir les pères qui s’impliquent?

Tout d’abord, la question n’est pas de savoir si c’est une bonne chose que les pères s’impliquent dans l’éducation de leurs enfants, mais de savoir si un congé de deux semaines payé par des cotisations supplémentaires sur les salaires de tous apporte un changement décisif dans ce dossier. La Suisse est malade de trop de social. Nous assistons à une surenchère clientéliste des politiciens, qui ne cessent de proposer de nouvelles prestations, à la charge de ceux qui travaillent. Nous n’arrivons déjà pas à financer les régimes d’assurances sociales existants et nous venons de créer une dette de plusieurs dizaines de milliards francs pour l’assurance chômage durant la crise du coronavirus, dette que nous léguons aux générations futures. Un congé paternité, par imitation du congé maternité, est une abstraction angélique.

Le coût de deux semaines de congé paternité est estimé à 230 millions de francs par an. En comparaison des dépenses durant la crise sanitaire, c’est une paille…

Il y a deux options. Soit on croit sincèrement que ces deux semaines vont faire la différence pour créer un lien entre l’enfant et son père, et dans ce cas cette pause peut être financée sans mettre sur pied un nouveau régime d’assurance obligatoire. Des entreprises offrent déjà cette prestation et, au pire, les hommes peuvent renoncer une ou deux fois dans leur vie à deux semaines de vacances en Thaïlande. Soit on ne croit pas que ces deux semaines sont décisives et on pense déjà plus loin. En acceptant le principe, on mettra alors le doigt dans un engrenage qui entraînera, à terme, des coûts beaucoup plus élevés.

C’est pour faire un geste en direction des opposants que ces deux semaines ont été retenues.

Si ce n’est qu’un début, il faut le dire honnêtement et avoir un débat au parlement sur le vrai financement.

Le partage des tâches dans un couple se fait rapidement après la naissance d’un enfant. Permettre aux pères de s’impliquer dès le départ, n’est-ce pas une façon de soutenir l’égalité?

Deux semaines ne vont rien y changer! Une maman se réveille en pleine nuit avant même que son bébé ne pleure. C’est biologique. Même avec le père le plus attentionné du monde, cela ne va pas se produire, avec ou sans congé paternité.

Ce sont des clichés patriarcaux!

J’appelle cela la réalité. Le fait que les enfants sortent du ventre des mamans, c’est assez fondé empiriquement. Il ne s’agit pas de soutenir un schéma où la mère reste à la maison, mais d’accepter que l’homme et la femme sont différents. Ce qui implique qu’après une naissance, une femme a besoin d’une protection différente.

L’État ne doit-il pas soutenir la natalité, ne serait-ce que pour assurer l’avenir des retraites?

Le parlement vient d’accepter le don de sperme pour les femmes qui veulent un enfant sans père. Ce qui maintient à l’écart les hommes et ne renforce pas la famille… Nous sommes schizophrènes. Et puis il y avait davantage d’enfants dans le passé, sans aucune assurance sociale.

Dans votre campagne, on voit un homme avec une lolette dans la bouche. C’est ainsi que vous percevez les pères qui s’occupent de leurs enfants?

Non! L’idée est de montrer qu’avec cette nouvelle assurance on veut chouchouter non pas les enfants, mais les pères.

S’occuper des enfants, ce sont des vacances?

Non, mais là on donne des vacances aux hommes en prétextant qu’ils vont s’occuper plus de leur enfant. C’est plutôt naïf. Si l’on s’intéresse vraiment à la question, il faudrait regarder du côté des modèles scandinaves.

Vous seriez prêt à accorder un congé paternité bien plus long?

Je suis opposé à l’inflation du social en Suisse. Mais si l’on supprimait d’autres droits, alors oui, je serais favorable à un congé paternité étendu. Ce serait une réorientation globale de notre politique. Ce que je veux éviter, c’est d’ajouter des étages supplémentaires à un système qui prend déjà l’eau. Et pour développer en plus une solution parfaitement démagogue.

Les sondages montrent que les Suisses sont favorables à ce congé. Les femmes l’ont revendiqué dans la rue. Que leur dites-vous?

Je pense qu’il faut bien expliquer les enjeux. À Berne, de nombreux élus ont été peu enthousiastes à l’idée de lancer ce référendum. Certains considèrent que ce congé ne serait pas une mauvaise chose; d’autres ne veulent pas se casser les dents sur ce dossier. Pour ma part, si l’on me demande mon avis, je le donne. Finalement, je ne suis pas certain que la question soit aussi pliée que cela. Nous avons surtout entendu les politiciens et les journalistes sur le sujet. Quel est l’avis des citoyens? Ils le diront dans les urnes.